Moscou jour3

3ème journée: Sans faille

En ce dimanche matin frisquet et ensoleillé, les cœurs de nos TGVistes sont au diapason. Une joie invisible semble nous animer tant ce moment était attendu. Nous sommes à Moscou et dans quelques heures nous allons arpenter ses rues et partager un instant sportif solidaire avec les quelques 25-30000 fêlés qui comme nous ont rêvé de franchir cette ligne d’arrivée.
Le petit déjeuner se fait au fil des habitudes, ceux se levant tôt croisant les habitués du last minute mais tout ce beau monde est prêt à 7h15 pour quitter l’hôtel et se diriger vers le stade. La foule est déjà dense à plus d’une heure du départ. Nous préparons les montures, elles nous accompagnent sur tous les terrains de jeu depuis deux ans maintenant et elles sont toujours aussi fidèles. Bizarrement la tension ne se ressent pas, nos TGVistes sont trop occupés à se motiver, à s’invectiver et surtout à rigoler. Une caméra s’arrête à côté de nous; JC se transforme en Clark Gable à ses plus belles heures pour expliquer ce que nous faisons là. Nous faisons 200m et deuxième télé, il faut dire que le drapeau français flottant sur la blade de Jojo ne passe pas inaperçu 😊. Pendant l’interview deux hooligans télévisuels se lancent dans un acte de piraterie, Sandra faisant le pitre derrière moi tandis-que Poussin nous gratifiait d’un moonwalk digne d’un Mickaël Jackson qui aurait passé une longue soirée avec Doc Gyneco. Nous pouvons ainsi vérifier que la France est vraiment aimée dans ce pays et que nos dirigeants de quelques côtés qu’ils soient devraient en prendre de la graine… L’amitié franco-russe existe et elle va prendre tout son sens dans quelques instants. Les deux équipages se dirigent vers la ligne de départ laissant derrière eux JP, Sandra et Chris nos reporters personnels et plus fervents supporters ainsi que les participants au 10km. Nous sommes en sas et loin du départ. Nous voulions partir devant afin d’éviter tout incident mais cela ne paraît pas possible. JC et Steph prennent alors les choses en main et nous tentons l’impossible. Nous passons le long des sas précédents pour arriver devant le sas handisport. On nous laisse rentrer et nous nous retrouvons devant la ligne de départ comme par magie. Le grand écran qui surplombe cette ligne ne montre que nous et nous passons 15 minutes à méditer le sourire au lèvres devant notre propre gloire; ce n’est pas tous les jours que l’on est la star d’un marathon comme celui-là 😜. Les équipages sont prêts quand Yuri apparaît très stressé et surtout pas du tout content de nous voir devant. Nous argumentons que l’on nous a mis là mais lui explique avec une véhémence non dissimulée qu’il faut respecter les sas sous peine de disqualification. Il repart et nous tenons un conseil de guerre pour voir ce que nous faisons. Nous avançons, nous reculons mais sommes mis devant les faits, les bénévoles au départ nous demandant de nous coller au groupe handisport. C’est gagné le départ est donné et le rouge et noir est de rigueur sur ces premiers mètres. La misaine se balance au gré du vent et nous entendons rapidement des Allez France, des applaudissements nourris, des encouragements dont nous ne comprenons pas le sens mais que nous savons bienveillants. Les deux blades partent pour environ 4h suivant nos ambitions et JC et Toto se sentent pousser des ailes tant et si bien que les deux compères sont 100m devant. Après quelques kilomètres tout le monde s’est mis en ordre de bataille et nos deux Ferrari semblent ne plus toucher le sol. Nos amis russes se sont démenés toute la nuit pour poser du bitume sur certaines portions et la route est juste parfaite. JC, Toto, Sev, Celine et Yo forment la garde rapprochée de Christine. Steph, Sand, et Flo entourent Jojo et une troisième équipe se forme avec Poussin, Andrea et moi-même qui suivent un peu plus loin, Andrea étant un peu blessée mais ne voulant en aucun cas laisser tomber… Elle a une âme de TGViste en elle c’est certain. Le parcours est plutôt plat et la progression se fait sans mal au milieu d’une foule bruyante et encourageante. Nous passons tous au semi entre 1h49 et 1h56 avec un large sourire. Au détour d’une pause hygiénique, Yo découvre avec une immense surprise le concept de la crotte magique qui sort et disparaît comme par enchantement, Poussin remplace le papier toilette par le carton toilette, ça gratte un peu plus mais notre bâtard de vosgien en a vu d’autre ( pour ce qui est des compléments d’information sur ces deux faits de course, la décence m’interdit de donner plus de détails mais les intéressés pourront vous expliquer😜). Nous ne pouvons baisser les yeux durant cette course tant le paysage est magique, les lieux emblématiques s’enchaînant au fil des kilomètres et nous courrons tels des gosses découvrant un nouveau parc d’attraction. Les rues sont d’une propreté dont nous ne pouvons qu’être jaloux. La course avance et JC craque ( au sens propre comme au figuré) , rattrapé qu’il est par une vieille blessure qui se réveille malheureusement. Sand de son côté pousse l’équipe Jojo à se dépasser et ce petit bout de femme en fait baver à ses deux coéquipiers. Deux belles montées se trouvent quand même sur le parcours, pas aussi pentues que Clonakilty mais très longues au 17ème et 27eme. Les ischios tremblent mais ne rompent pas et les trois groupes se rapprochent de l’arrivée. Jojo passe la ligne avec ses troupes 3h55 après le départ, Christine et ses bâtards après 4h01 (notre ami Jean-Pierre versant un bout de larme traduisant avec bien mieux que des mots la fierté qu’il ressentait pour sa chère et tendre), JC 12 minutes plus tard et notre équipe après 4h41 d’efforts.
Je souhaite quand même faire un petit aparté sur mon équipe même si cela paraîtra un peu égoïste 😜. Notre amie Andrea a réalisé hier son premier marathon et nous avons eu la chance et le privilège avec Poussin d’assister à un authentique exploit tant elle a était superbe sur tout ce parcours. Nous avons eu un peu peur, pas elle… Nous avons eu des doutes… Pas elle. Nous avons voulu ralentir voire marcher… Pas elle. On se disait elle pouvait faire un kilomètre, mais pas 42. Et bien elle l’a fait. Les américains ont peur d’Andreas mais notre Andrea à nous a été sans faille, elle nous a bluffé Poussin et moi et je peux vraiment affirmer qu’elle a un cœur rouge et noir. Nous sommes tous les deux plus que fiers de toi et sommes prêts à t’accompagner sur tes prochaines courses où que ce soit.
Pendant le marathon une équipe était alignée sur le 10km avec nos deux turtles, Nath, Anne-Marie, Greg et Nico. La course a été rondement menée Greg et Nath terminant en un peu plus d’une heure, le neveu et la tata étant en grande forme. Anne-Marie passe la ligne un peu plus loin avec un sourire de championne et surtout une envie de continuer la CAP; le TGV54 est prêt à t’accueillir madame 😜. Coco, Aurel et Nico ont eux décidé de ne pas se séparer et ont franchi la ligne bras dessus dessous avec en plus une arrivée filmée par les caméras de nos hôtes. La grande classe non? En plus pour ne pas laisser Poussin être le seul MJ de la journée Coco et Nico se font un malin plaisir à entamer un moonwalk pour changer les idées d’Aurel durant la course. Quand je vous dis qu’on est une bande de dingos… 😜 Je suis aussi très fier de vous six, vous n’avez rien lâché et les jolies larmes de joie de notre pink turtle ont éteint les douleurs enflammées de nos corps endoloris.
Le groupe est complet et les congratulations s’enchaînent, câlins habituels et autres sourires complices. Sandra manque de s’étouffer avec des graines de sésame, ce qui sort le groupe de la torpeur d’après-course. Les russes ne sont pas en reste, ils nous félicitent et nous partageons encore un moment d’amitié international. Nous profitons des derniers moments sur site et rentrons à l’hôtel.
Les uns vont à la douche, les autres refont la course pendant que les plus courageux s’attablent au restaurant italien pour s’enfiler une pizza bien méritée. La sieste sonne le glas des ambitions de visite de Moscou pour la moitié du groupe, Jojo et Christine en tête; ils ont assuré comme d’habitude, ils sont l’âme de tous ces périples plus fous les uns que les autres. Ils sont notre force et le ciment qui scelle les fondations de notre groupe Blade. Ces victoires sont aussi et surtout vos victoires mes deux amis.
L’autre moitié du groupe se divise en deux, l’un part en ville pour le shopping d’après-course, l’autre (Poussin, Yo et moi) opte pour une ré hydratation en règle à la bière russe. Tout le monde se retrouve à 20h pour le dîner festif post marathon et mon ami Anton se joint à nous avec sa femme Katja, grande blonde au yeux bleus d’1,86m. Notre vosgien n’en perd pas une miette et s’empresse de demander si notre hôte n’aurait pas une sœur ou une cousine… Que voulez-vous, quand on chasse dans les montagnes vosgiennes on ne refuse pas la chasse moscovite. Les fous rires s’enchaînent et grâce à Anton les commandes sont passées rapidement. Tout le contraire des livraisons en fait car quand vous êtes 24 dans un restaurant avec une cuisine de 6m2 les plats arrivent au compte goutte, étalés sur environ 45 minutes. Toto, dont l’estomac n’est plus qu’un gouffre béant, s’essaye à un mix franco-sino-russe que la serveuse ne comprend pas. Anton intervient une fois de plus et la livraison se fait. Les épices étant apparemment tombées dans les plats, la sueur perle le long des tempes et la bière coule à flots. Après une heure d’attente je me rend compte que buvant ma bière et discutant sans cesse j’ai oublié de commander à manger alors que tout le monde attaque le dessert. Le boulet est donc de retour en cette soirée de partage et d’amitié 😜. Nous réglons une addition plus que raisonnable vue la quantité de nourriture et d’alcool ingurgité et nous nous séparons d’Anton et Katja qui travaillent le lendemain. Un peu d’émotion plus tard pour moi, nous retournons clôturer cette magnifique journée au bar pour que cette soirée si belle traine un peu plus en longueur. Une bière plus loin nous nous séparons éreintés mais si heureux de ce long dimanche de victuailles. Poussin tente une dernière proposition pour une after au bien nommé « le Bounty », genre de mix entre « Jackie et Michel » et « cuir et moustache » mais version russe avec quelques beautés insoupçonnées. Cependant la fatigue est toujours vainqueur de l’éternel combat entre la volonté et la capacité ( pour Poussin en fait on est pas très sûr qu’il est humain tellement il est toujours pimpant).
Demain matin c’est le départ pour un retour à la vie quotidienne. Quand on veut pleinement apprécier ce type de périple « en famille », il faut toujours garder un pied trois quart dans la réalité. Nous reviendrons bientôt pour de nouveaux défis.
Bonne nuit à tous et à demain.
Nono