Moscou jour 2

2ème journée: Moscou l’ensorcelante.

Dire que ce fut une révélation pourrait paraître un doux euphémisme tant cette ville nous a bluffé par sa splendeur et sa modernité. Tout le monde s’est levé de bonne heure et de bonne humeur ce matin et le son des estomacs grognants donnait la localisation de la tribu TGV54 en ce samedi. Le buffet permettait aux Warriors rouge et noir de partager un moment simple de partage autour de quelques gâteries aussi simples qu’efficaces à nos corps en réveil. Les échanges mail avec Yuri (le directeur du marathon) vont bon train afin de planifier une journée qui s’annonce éreintante. Nous décidons de monter nos étalons devant l’hôtel et de les déposer dans un endroit sécurisé près du départ pour être le plus détendu possible le dimanche matin. Deux équipes de montage s’attellent à la tâche et le premier écueil de la journée arrive.

Une blade a été malmenée pendant le transport et la patte de frein est tordu. Poussin, Jean-Pierre, Toto et notre mécano en chef Yo tente de résoudre le problème mais après 20 minutes de tentatives infructueuses ils décident de se séparer du frein à disque, le parcours ne présentant pas de descente dangereux comme en Irlande. Nous partons tels une meute de hyènes, affamée par ces 42 kilomètres et ces 10 kilomètres qui nous narguent dans cette ville inconnue à nos souvenirs. Deuxième écueil les indications sont cyrillique et nous nous perdons dans l’immensité de ce quartier bien que voyant très bien notre destination du haut du 15ème étage de notre hôtel. Un coup de téléphone à Yuri plus tard (et quelques euros dévorés par mes amis d’orange😜) nous arrivons sur site où Yuri nous oriente gentiment dans le labyrinthe administratif qu’il faut traverser pour récupérer puces, dossards, tees-short et autres dossards spéciaux handicap à coller dans le dos pour avertir nos poursuivants que nous avons un chargement extrêmement précieux à acheminer à bon port. Les Blades sont rangées et Christine, Anne-marie et moi même traversons le hall exposant pour racheter le matériel pour la course (le notre étant je ne sais où à ce moment). Le temps étant précieux pour chacun d’entre nous certains partent déjà à la conquête de la cité tant imaginée tandis-que les autres font des emplettes. Un petit groupe décide également de rentrer à l’hôtel pour détendre les muscles et articulations en perspective du marathon. Les chanceux partis en ville en ont pour leur argent tant Moscou et ses lieux historiques font merveilles à nos yeux d’enfants. Le Kremlin, le Bolshoi, la Place Rouge sont autant d’endroits que l’on a rêvé mais qui se révèlent être plus beaux que dans nos rêves les plus fous. Nos préjugés d’européens tombent les uns après les autres quant au contact de la population locale nous découvrons une culture troublante et renversante à la fois. Une gaufre passe l’arme à gauche en croisant notre chemin tandis-que Jean-pierre et Nico, éreintés par ce voyage initiatique s’allongent sur la place Rouge tels des nababs sur des triclinium. Le retour doit se faire et une fois de plus le cyrillique rattrape nos TGVistes qui après des palabres longtemps sans solutions trouvent leur salut auprès d’une russe ayant fait sciences Po Toulouse qui explique le retour en toute sécurité dans la chaumière locale. Les retrouvailles se font dans le restaurant italien de l’hôtel où la commande à 22 s’étale sur deux grandes tables rondes plus propices aux mélanges spirituels et comiques de nos énergumènes. Les plats livrés sur une amplitude de 30 minutes, plus ou moins chauds et parfois livrés en double nous apportent le réconfort nécessaire avant une unité de repos méritée.
Je finis de manger rapidement car un invité spécial pour moi est arrivé. Mon ami de 20 ans Anton (moscovite de son état et ayant par le passé partagé une expérience professionnelle en France avec moi) est venu me rendre visite. Quand cela fait 10 ans que l’on ne s’est pas revu mais que ces dix ans s’effacent tels une brume matinale au premier regard, le bonheur de se retrouver ne peut qu’être parfait. Nous effaçons ce temps perdu par un récit enflammé de nos péripéties communes passées ainsi qu’un résumé des années où l’on s’était perdu de vue. Rien ne change quand on est ami comme nous le sommes et ce périple m’a permis de d’honorer une promesse faite il y a 15 ans maintenant, celle de partager un moment à Moscou en sa compagnie. J’en profite pour le faire appeler l’aéroport car entre-temps le site d’Aeroflot m’indique que les bagages ont été retrouvés et quand un russe appelle une autre russe les choses se règlent comme par enchantement. Après des tractations intenses Anton parvient à persuader le service des bagages de nous les rendre le soir même. Problème il faut aller les chercher à une heure de trajet de l’hôtel après minuit le temps de les dédouaner. Anton, présenté pendant cette attente à la tribu, se propose de m’emmener pour que chacun retrouve un peu de dignité, les sous-vêtements tenant tout seuls debout après 48h de calvaire pantalesque… Et là un moment de grâce comme je les aime se passe. Nous prenons la direction de l’aéroport Domededovo au sud de la ville pour enfin récupérer le graal. 50 minutes plus tard nous garons la voiture et nous nous enquerrons du service bagages perdus. Il est une heure du matin et mes complices sont au dodo donc je suis soulagé de ne pas leur infliger cette fatigue inutile. Problème nos bagages sont introuvables. C’est alors que mon vieux pote Anton se rappelle de l’immense boulet que je peux être parfois quand j’affirme des choses sans les vérifier. « Dis-moi Arnaud tu es sûr que vous êtes arrivés à Domededovo? ». Moi « bien sûr Anton vérifies par toi même… ». Lui « Mais c’est écrit Sheremetyevo »… Moi « c’est important? » Lui « c’est juste de l’autre côté de la ville à deux heures d’ici ». OUPS 😜😜😜. Mon ami est un homme compatissant à ma maladie du boulet. Nous repartons et nous nous rappelons que quelques années auparavant je lui avais demandé un soir de prendre mon sac et de la jeter devant mon appartement ce qu’il avait prit au premier degré, ouvert la fenêtre de la voiture et jeté mon sac devant la porte alors que les ordures étaient sortis. Moralité papier à la déchetterie et un ami russe incrédule, se confondant en excuses pour ne pas avoir saisi les subtilités de la langue de Molière. Vous me connaissez je ne suis pas du genre rancunier et même pour des choses comme ça. Lui me dit malicieusement que ce micmac avec l’aéroport est une vengeance alors que je baisse la tête un peu honteux de l’embarquer à l’autre bout de la ville à 3h du matin. Nous pouvons reprendre les bagages et repartons vers l’hôtel où nous arrivons ver 3h45. Un groupe de cocotte fagotées comme à mariage attend devant le hall attendant qu’un portefeuille passe devant leurs yeux de biches pour déverser quelque roubles durement mérités. Je dépose la valise chez Christine à un Jean-Pierre en caleçon, le corps huilé et le muscle saillant tel un gladiateur prêt à en découdre dans l’arène puis je regagne mes pénates où ma douce et tendre inquiète de mon retard m’attend éveillée. J’explique le quiproquo et après un aller-retour aux pipiroom je m’affale dans le lit pour 2h de sommeil bien mérité. Je m’endors alors plongeant dans ces souvenirs si frais de ce si bel endroit. Tout à l’heure il faudra se lever pour 42km d’asphalte en compagnie de ma famille blade et le temps m’est compté pour me reposer.
À demain pour le marathon de Moscou.
Nono